APPRENTISSAGE DE LA LECTURE ET DYSLEXIE

J'ai été titulaire d'une classe d'adaptation pendant dix ans.
C'est-à-dire que j'avais en charge des élèves qui éprouvaient
de grandes difficultés en lecture et en orthographe.
Pour les cas les plus graves, j'avais recours aux lettres articulées.

La dyslexie : un sujet délicat à traiter. Car les conceptions varient selon les auteurs. À traiter donc avec la plus grande précaution.

Il n'en est pas moins vrai que certaines constantes sont indiscutables. Ainsi le dyslexique confond souvent les graphies voisines :
- soit visuellement : du-bu, fa-ta, tu-lu, me-ne, rue-vue, râble-câble ;
- soit auditivement : baba-papa, du-tu, gale-cale, jute-chute, vrac-frac.

Remarquons d'emblée qu'il arrive que le lecteur débutant commette certaines de ces confusions. Mais elles ne persistent pas. C'est simplement un phénomène passager.

De ce qui précède, il convient de proposer aux enfants des exercices de différenciation portant sur :

La syllabe directe La syllabe inverse
   
sa as
fi if
rame arme
rôtie ortie

 

La syllabe mixte La syllabe complexe
   
tir tri
garde grade
partie patrie
carte cadre
porche proche
dur dru
carpe câpre
firme frime
salve slave
top stop
tac trac
toc troc
tact tract
turc truc
tic-tac tric-trac

Ces exemples sont tirés du LEXIQUE.

Il va sans dire qu'il ne s'agit pas de présenter ces exercices tels quels, mais de les incorporer dans des jeux de langage. Ils peuvent être conçus par exemple à partir d'un mot de base auquel il convient de substituer une lettre. Ainsi bravo donnera brave qui lui-même débouchera sur grave.
Comme on le voit, les deux aspects - visuel et auditif - sont ici intimement liés pour les besoins de la cause. Dans un stade ultérieur, le maître pourra indiquer la lettre qui devra être changée.

Mettre ainsi l'accent sur la conscience phonologique évitera à coup sûr une rééducation orthographique toujours très pénible.

Oui, le succès futur dépendra en grande partie de cet aspect ô combien important.

En effet, il faut rappeler ici que "Notre orthographe est une orthographe phonologique (à plus de 80 %)", dixit Nina Catach. (Voir son ouvrage : L'orthographe, Presses universitaires de France, Que sais-je ? n° 685, 5e édition corrigée, 1993, décembre, p. 64.) Et, à la page suivante, elle précise : "Une confirmation irrécusable du caractère fondamentalement phonologique de notre orthographe est venue des travaux informatiques (...). L'auteur a été directeur de recherche au C.N.R.S.

D'autre part, je ne résiste pas à l'envie de vous citer une phrase importante du rapport de l'Inspection générale (française) sur "L'apprentissage de la lecture à l'école primaire" (janvier 1995) - en page 31 : "Quel que soit le groupe auquel elles appartiennent, les classes qui obtiennent les meilleurs résultats se caractérisent par le souci constant, chez leurs maîtres, de conduire un enseignement menant de front apprentissage du code graphophonologique (correspondances entre lettres et sons) et accès au sens".

On ne peut mieux dire.

Mais revenons à nos moutons... comme aurait dit un certain juge.

Deux difficultés majeures

Les voyelles è -ê

Très difficile. Beaucoup de confusions avec le é pourtant rencontré à maintes reprises.
J'ai donc cherché autre chose.
Quand on n'aime pas quelque chose, on le rejette de la main en l'écartant.
Je place la main à peu près à hauteur du visage (paume à l'extérieur). Et je l'écarte en l'amenant vers le bas en disant : è è ... Dans un geste de rejet qui épouse assez bien la forme de l'accent.

Beaucoup d'enfants vont également confondre é et è.

Ici aussi, je donne un truc.
Pour le é : le meilleur, c'est d'abord de s'assurer si le nom de l'enfant n'en contient pas un à l'intérieur (exemples : Hervé - Hélène). Dans ce cas, ce sera : "comme dans Hervé". Ou : "Pas comme dans Hervé". Soit è.
Pour ceux qui, nombreux, n'ont pas cette chance, je racontais l'histoire d'un petit garçon farceur. Il rit tout le temps et fait des blagues.
Il a toujours sa casquette de travers qui lui cache un œil. Il s'appelle émile. Ce sera dans ce cas :"Comme émile". Ou :"Pas comme émile".

Trois étapes - trois moments(-)clés - sont souvent particulièrement difficiles pour certains lecteurs. Ce sont :

- la syllabe inverse : as, os, ortie, etc.
- la syllabe complexe : livre, libre, cloche, tri, vitre, vivre, etc.

La syllabe mixte (car, cor, tir) n'offre pas - en général - de difficulté majeure.

Par contre, l'e entravé (dans une syllabe fermée) est LA difficulté à franchir. Obligatoirement. Malheureusement, en effet, le succès n'est pas toujours assuré tout de suite.
Exemples : sel, fer, bec, cher, veste, terre, lierre, adresse, etc.
Beaucoup de patience vous sera demandée...

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